Entre principe et intérêt… entre avoir du pouvoir et être hors de propos

Le conflit du Caucase a marqué un évènement qui a donné énormément d’espoir aux gens (comme moi !) qui croient au projet européen. L’Union Européenne a répondu vite et décidément à la crise, au moment où les Etats-Unis ont donné l’impression d’être surpris et confus. Même si l’Europe n’a pas parlé d’une seule voix, cinq jours après le commencement des actions militaires le ministre français des affaires étrangères, M. Bernard Kouchner a commandé une mission des diplomates internationaux à Tbilissi et à Moscou avec un projet de cessez-le-feu. Le lendemain, le 12 août, le président du Conseil européen, M. Sarkozy a aussi voyagé dans les deux capitales. Son succès à persuader M. Medvedev de retourner ses forces aux positions d’avant le conflit a étonné le monde. Si seulement la Russie avait respecté ce pacte, ce court article serait consacré à l’accomplissement de la Stratégie Européenne de Sécurité.

Malheureusement, la Russie a décidé de ne pas respecter le cessez-le-feu et de maintenir 7.600 soldats dans les zones séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie-du-Sud en plus de contrôler des zones stratégiques géorgiennes, comme le port de Poti. C’est dans ce contexte que M. Sarkozy a promis à M. Medvedev la normalisation des relations avec l’Europe en échange du retrait des troupes russes des territoires géorgiens non-disputés.

Dès lors, le rêve est fini : l’Europe, encore une fois, a démontré son impuissance honteuse. L’action russe en Géorgie a sapé les intérêts européens à deux niveaux. Premièrement, au niveau de la perspective énergétique, il y a la question du gazoduc Nabucco dont j’ai déjà discuté dans un article antérieur. Deuxièmement, au niveau de la perspective de sécurité, il y a le fiasco de la Politique Européenne de Voisinage (PEV). La PEV est l’un des instruments les plus importants de la stratégie européenne de sécurité. Néanmoins les résultats de la PEV sont décevants dans l’ensemble des 15 pays partenaires (ainsi qu’en Palestine). De plus, la performance de la PEV dans le domaine spécifique de la prévention des conflits a réussi à être particulièrement inefficace. Ses « succès » ont déjà été observés au Liban et en Palestine, et maintenant en Géorgie.

Que le gouvernement de M. Berlusconi en Italie ne veuille pas irriter la Russie, peu importe quelles actions M. Poutine et M. Medvedev prennent, n’est pas étonnant. Apres ses initiatives pour protéger son immunité contre le système juridique et pour discriminer les minorités sociales, il est difficile de demander à M. Berlusconi de penser aux intérêts et aux principes européens. Mais, la promesse de Sarkozy à Medvedev semble un peu dangereuse. En effet, on a vu le président du Conseil de l’Union européenne récompenser la Russie juste parce qu’elle n’a pas désobéi à l’intégralité du pacte négocié par M. Sarkozy. Pour l’avoir défié juste à moitié, l’UE remercie M. Medvedev via le recommencement des discussions avec Moscou.

Avec la déclaration ce week-end du secrétaire général, M. Jaap de Hoop Scheffer, qu’un tel pacte n’est pas tolérable, l’Otan n’a pas seulement remis les affaires en ordre encore une fois, mais l’alliance a aussi redonné à M. Sarkozy et aux Européens, aussi une nouvelle fois, un souffle de dignité. En analysant la différence entre les deux positions envers la Russie, on devine deux possibilités. Soit les pays de l’Europe Centrale et de l’Est, qui sont membres dans les deux organisations, ont plus de pouvoir dans l’Otan, soit les Etats-Unis veulent garder leur intérêt stratégique dans le Caucase (intérêt qui est, en effet, indirect car la zone peut juste servir l’Europe dans ses efforts d’indépendance énergétique), soit un mélange de ces deux éventualités.

Bref, l’Europe doit se regarder dans la glace sérieusement avant d’être respectée comme un acteur international crédible.