Dans le conflit du Caucase, la Géorgie ne peut pas gagner, mais la Russie peut être convaincue

Depuis le commencement du conflit entre la Russie et la Géorgie, l’incapacité de l’Otan à venir en aide à la petite république démocratique est devenue clair. Une guerre entre les membres de l’Alliance et la Russie est absurde, particulièrement pour deux territoires qui représentent ensemble environ une moitié de la Sardaigne (12,332 km2) et qui en eux-mêmes n’ont aucune importance stratégique. M. Olivier Kempf a offert ce dimanche la solution la plus favorable pour le conflit. Malheureusement, son raisonnement suppose deux conditions que je trouve peu probables : premièrement, M. Kempf demande aux pouvoirs occidentaux l’humilité de concéder que l’indépendance du Kosovo a été une erreur. Deuxièmement, la Russie doit répondre en faisant machine arrière non seulement en Géorgie, mais aussi dans tous les conflits gelés. La Russie doit, également, mettre en sourdine sa rhétorique de protection des droits des russes à l’étranger.

Mon pessimisme vient de mon impression que le conflit caucasien a peu à voir avec le Kosovo, l’Abkhazie ou l’Ossétie-du-Sud. Ce conflit n’a pas commencé a cause de tensions entre les définitions de la souveraineté et l’intégrité. En effet, il est difficile de croire que la Russie a interprété la reconnaissance du Kosovo par l’Ouest comme une menace visant la République de Tchétchénie ou d’autres potentiels territoires séparatistes. La bravoure de M. Medvedev face aux pouvoirs occidentaux, montre, à mon avis, sa certitude de la dépendance européenne vis-à-vis de l’énergie russe. Dès lors, le pari porte sur l’énergie et le maintien du contrôle russe sur la distribution vers l’Europe.

Il faut que la Géorgie réponde de façon appropriée. Si M. Saakachvili est sérieux dans ses efforts d’européaniser et de sécuriser son pays, il faut qu’il déclare l’indépendance de la Géorgie de l’Abkhazie et de l’Ossétie-du-Sud. En faisant cela, il peut mettre un terme au conflit qui dure depuis 16 années. Plus important, sans l’Abkhazie et l’Ossétie-du-Sud, la Géorgie peut être acceptée dans l’Otan immédiatement et peut-être même, plus tard, dans l’Union Européenne.

En fait, sans une internationalisation de la situation en Géorgie, c’est-à-dire que la Russie accepterait des forces de maintien de la paix des NU, oublier les deux territoires séparatistes apparaît comme la seule option dont dispose M. Saakachvili. Si les dernières 16 années de conflit n’ont pas éprouvé la volonté d’indépendance sans équivoque des Abkhazes et des Ossètes, le dernier mois a clarifié pour toujours l’impotence de Tbilissi de les gouverner. Dès lors, maintenir des espérances qu’une possibilité de forcer ces populations à vivre sous la loi géorgienne existe, n’est pas naïve, mais inepte. Encore plus important, les actions de M. Medvedev ont escaladé la situation de telle façon qu’un désamorçage est devenu impossible. Si il n’avait pas reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie-du-Sud, il pourrait vraiment négocier avec l’Occident. En signant la décision de la Douma, en fait, il a perdu une incroyable opportunité d’éviter l’isolement de son pays, et de négocier un résultat favorable pour la Russie. Au pire, Medvedev pourrait juste maintenir le statu-quo où les deux conflits gelés avait effectivement bloquées les espérances géorgiennes d’accéder soi a l’Otan, soi a l’UE. (Déjà, la Russie a perdu sa possibilité d’influencer la décision sur le bouclier anti-missile en Pologne.)

Enfin, il faut concéder que ce conflit entre la Russie et la Géorgie n’a que peu à voir avec les territoires de l’Abkhazie et de l’Ossétie-du-Sud mais il a été motivé par d’autres raisons, encore plus stratégiques. Comme j’ai déjà suggéré, en eux-mêmes, ils sont insignifiants sur la table d’échecs : le Baku-Tbilissi-Ceyhan oléoduc n’est pas affecté par le conflit dans le deux régions ; le très problématique gazoduc de Nabucco n’est pas planifié de passer ni par l’Abkhazie ni par l’Ossétie-du-Sud ; en intégrant l’Abkhazie, la Russie ne gagne pas (et la Géorgie ne perd pas) une portion suffisamment signifiante du littoral de la Mer Noire pour revendiquer encore plus contrôle sur la Mer ; enfin, il n’y a pas d’importants centres commerciaux dans les deux petits territoires – en fait, il n’y a pas des villes avec plus que 100.000 habitants.

La vraie raison pour l’intérêt de la Russie dans la région vient de deux possibilités. Soit la Russie a voulu déstabiliser la région pour éliminer l’alternative la plus crédible à son monopole sur la distribution de l’énergie en Europe, soit ses politiciens continuent à penser à somme nulle, une mentalité pas du tout différente de celle des années de la Guerre Froide. M. Martin Wolfe, dans son opinion dans le Financial Times de 29 août a donné une explication intéressante à cette philosophie, qui regarde l‘accès de la Géorgie a l’Otan comme un territoire perdu pour la Russie : le danger le plus grand pour l’oligarchie russe est le succès de la démocratie dans les autre républiques post-soviétiques. Si les russes perçoivent que les géorgiens ont plus de liberté et des droits, et que l’économie de marché en fait fonctionne, il sera plus difficile de maintenir le régime d’autocratie et corruption. C’est à cause de ça que les élites russes ont encouragé le nationalisme et la peur de l’Otan.

Dans ce contexte la Russie doit, alors, gagner cette lutte et « protéger » les droits de ces quelques 320.000 citoyens dont M. Poutine, M. Medvedev et la Douma sont assez préoccupées. De telle façon, la Russie n’aura aucune raison de maintenir ses troupes en Géorgie. La petite république pourrait donc continuer son destin vers l’Occident et sa sécurité. D’un autre côté, la Russie va compromettre ses relations diplomatiques avec l’Otan et même la Chine (qui ne veut pas encourager des mouvements d’indépendance) pour deux territoires insignifiants.

Néanmoins, la Géorgie doit prendre cette initiative très vite. Plus les forces russes restent dans la zone tampon qu’ils ont occupée le mois dernier, plus grandit l’hypothèse que la Russie emploie une stratégie de « Divide et impera ». On peut supposer que la Russie va employer dans les nouveaux territoires occupés les techniques déjà utilisées avec succès en Abkhazie et en Ossétie-du-Sud : délivrer des passeports russes, introduire la rouble comme monnaie, changer l’équilibre ethnique. Si ces stratagèmes fonctionnent encore et une autre partie de la Géorgie venait à demander indépendance, la raison d’être de la république même pourrait être mise en question par la Russie. Chaque jour ou les forces russes restent dans les territoires géorgiens est un jour dangereux pour la légitimité de Tbilissi.

Je peux penser juste à un exemple dans l’histoire post-soviétique où l’intérêt de la Russie de maintenir sa sphère d’influence a échoué. La Roumanie a eu la prémonition de reconnaître la souveraineté de la République de Moldavie en 1991. La Roumanie qui aujourd’hui fait partie de l’Otan et de l’Union Européenne a été le premier état qui a reconnu la nouvelle (et vraiment artificielle) république. Si la Roumanie (qui à Yalta le 9 Octobre 1944 a été le pays avec le plus grand pourcentage d’influence soviétique – 90%) avait choisi de revendiquer la Moldavie, elle serait aujourd’hui dans un conflit avec le territoire séparatiste de la Transnistrie. Juste par hasard, la Russie ne reconnait pas l’indépendance de la Transnistrie mais, quand même, y stationne des éléments de sa 14e armée.

Dans ce contexte, pour un avenir libre pour la Géorgie et une fin au monopole russe de la distribution des ressources énergétiques en Europe, il faut que l’Otan demande rationalité et sang froid dans le chef de M. Saakachvili.

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