Pause temporaire

Tous les auteurs du blog étant en ce moment (ce qui explique le ralentissement observé depuis un petit temps) en voyage ou surchargés de travail, le blog va prendre un petit congé temporaire. Par la même occasion, les auteurs vont réfléchir au format et savoir comment l’améliorer. Dès que les activités reprendront, nous le signalerons via Le Front Asymétrique.

Cordialement,

L’équipe.

L’Azerbaïdjan veut des Garanties Occidentales pour Nabucco

L’incursion de l’armée russe en Géorgie en août a laissé un goût amer à l’Azerbaïdjan. On se souvient trop ici du prix payé – 129 morts – lors de l’entrée des chars russes dans Bakou, en janvier 1990. Aujourd’hui, le pays ne veut pas d’ennuis avec le voisin russe et se dit qu’il « n’a pas vraiment besoin du Nabucco ». Si l’UE veut son « tube », il lui faudra s’impliquer davantage. « Prenez la Géorgie dans l’OTAN, créez des couloirs de sécurité pour l’énergie, sinon c’est trop dangereux », assure le politologue Rassim Mussabaïov.

Source: Le Monde

Pourquoi le Royaume Uni est en faveur des négociations avec les Talibans

Hier, sur The New Atlanticist j’ai expliqué pourquoi dans les deux dernières semaines, il a y tant de reportages sur le scepticisme anglais de la stratégie américaine pour l’Afghanistan.

A qui appartient Barack Obama?

En 2006, Barack Obama a écrit le livre « The Audacity of Hope » pour décrire ses idées politiques et prôner un nouvel optimisme à l’électorat américain. Ses thèmes de changement et d’espoir ont conquis le parti démocrate, en exile de la Maison Blanche depuis 2000. Quand 80% de l’électorat est mécontent vis-à-vis de la direction de leur pays, il s’agit certainement une élection de changement et beaucoup d’Américains cherchent un nouveau chemin pour leur pays.

Bien que Barack Obama s’adresse au peuple américain dans ses discours, les gens autours du monde l’ont écouté aussi et ont aimé ce qu’ils ont entendu. En raison de son héritage, ses expériences internationales, son style personnel, son parti politique et ses promesses pour l’avenir, le monde souhaite que Barack Obama devienne le Président des Etats-Unis.

Pour en savoir plus, je suis allé à l’Ambassade française à Washington la semaine dernière pour écouter deux chercheurs Justin Vaisse (français) et Jim Goldgeier (américain) donner leurs points de vues sur les élections américains et leurs impact sur les relations Euro-atlantiques. Tandis que les deux invités ont donné des exposés tout à fait intéressants et mesurés, j’ai trouvé beaucoup plus intéressantes les questions posées par les auditeurs français.

Malgré leur passion pour Barack Obama, c’était clair qu’ils sont complètement déconnectés de la réalité de la pensée américaine, même de l’élite à Washington (pour ne pas mentionner les opinions de M. Tout le Monde qui habite à Oklahoma). Par exemple, il y avait une femme française qui a exprimé son horreur lorsque M. Goldgeier explicait que Barack Obama est sérieux quand il promet de renforcer la présence américaine en Afghanistan. Évidemment, son désir de continuer une guerre ‘futile’ ne s’accorde pas avec la conception européenne de Barack Obama que cette dame avait.

Les illusions ne sont pas limitées aux Français et aux Européens. Certains Pakistanais, par exemple, sont séduits par l’idée d’un candidat qui s’appelle ‘Barack Hussein Obama.’ Tandis que la plupart des interviewés dans cet article pensent que ni Obama ni McCain ne changeront la politique américaine vis à vis du Pakistan, deux étudiants interviewés pour l’article sont sûrs qu’Obama serait plus amical à l’égard des musulmans que George Bush et qu’il va enlever les soldats américains en Afghanistan. Peu importe que M. Obama soutient depuis l’année dernière des frappes unilatérales américains sur le sol pakistanais….

Le soutien international pour Obama pourrait être un cadeau inattendu pour les Etats-Unis. Tout simplement, sa présence dans la Maison Blanche changerait l’image de l’Amérique pour des milliards de gens. Pourtant, s’il est élu, M. Obama sera le Président des Américains et pas le président du monde. Beaucoup de gens autour du monde voient dans Barack Obama ce qu’ils cherchent dans un politicien idéal, quel que soit leur point de vue. Or, il n’y aucun évidence que Barack Obama est un tiers- mondiste, ni un (pro-)musulman, ni un gauchiste. Comme ses prédécesseurs, il cherchera le vote des Américains pour un deuxième mandat dès son premier jour comme Président.

Ca ne veut pas dire qu’un Président Obama ne changerait pas la politique étrangère américaine. Mais il changerait l’Amérique selon les vœux des Américains et il va poursuivre des intérêts américains. L’institution de la Présidence américaine va changer Barack Obama aussi et la nature du système américain va limiter ses ambitions.

L’espoir du monde pour l’élection de Barack Obama est encourageant pour les internationalistes aux Etats-Unis. Il est clair que le monde croit toujours en l’Amérique et en attend beaucoup, mais que les années Bush ont produit un sens de désespoir. Selon eux, pour mettre le monde en ordre, il faut un Président Obama transformateur.

Pour ceux qui soutiennent Obama (je dois admettre être un supporter) il est difficile de ne pas être inquiet à l’idée qu’il pourrait décevoir des attentes trop élevées à domicile et à l’étranger. Barack Obama n’est qu’un politicien, quels que soient ses immenses talents. Il ne peut pas changer le monde tout seul. Il faut que tout le monde comprenne que Barack Obama sera élu par le peuple américain et ne sera responsable que devant lui.

Avenue Poutine, Symbole de la Victoire en Tchétchénie?

A central avenue in Grozny, the capital of the Chechnya region of Russia, was named after Prime Minister Vladimir V. Putin on Sunday, honoring the man who had sent in troops to crush a separatist rebellion there. (…) Russian television showed bands of teenagers carrying the Chechen red, white and green flag along the avenue, which was lined with large portraits of Mr. Putin, a former president who has been Russia’s prime minister since May.
“This act is in recognition of Putin’s outstanding contribution to the fight against terrorism, and to the economic and social restoration in the Chechen republic,” Muslim Khuchiyev, Grozny’s mayor, was quoted as saying by the Interfax news agency.

Source: New York Times

Ossétie: Récit Narratif et Patriotisme

La Russie est experte dans le contrôle des récits narratifs depuis bien longtemps. Après la révolution d’octobre 1917, le parti communiste avait dépensé une somme d’efforts incroyable pour justifier la révolution (qui était loin de faire l’unanimité) et unir le peuple. En bref, pour créer un récit dominant. Les célébrations d’octobre 1918 étaient d’une envergure sans pareil, l’ensemble des peuples bolchéviques était rassemblé à Moscou, et la nourriture était offerte gratuitement pour tous dans un air de fête et de musique rassembleur. Mais ce n’était encore rien comparé aux célébrations de 1920, lorsque 8000 acteurs rejouaient la prise du Palais d’Hiver devant plus de 100,000 spectateurs ébahis.

Il n’y a donc rien de surprenant à la lecture de la nouvelle que la Russie vient de créer une exposition sur la « victoire » russe dans la « guerre de libération » en Ossétie. Dans un musée de Moscou consacré aux exploits guerriers de la Russie, les visiteurs peuvent désormais admirer les trophées de guerre symbolisant la victoire de leur nation sur l' »envahisseur » géorgien, aidé par les puissances étrangères.

Qu’une telle exposition soit créée n’est pas une surprise. Qu’elle arrive aussi vite, et dans l’un des grands musées de Moscou, indique sans aucun doute la volonté du Kremlin d’établir et de contrôler un récit dominant de la guerre d’Ossétie. La Russie a en effet besoin d’un tel discours pour s’assurer le soutien populaire. Mais, plus largement, cette initiative s’inscrit dans un effort plus large et ininterrompu de Vladimir Poutine pour recréer un sentiment patriotique russe sans égal. Cet effort se ressent, notamment dans la campagne de propagande pour les jeux olympiques en Russie. Mais il était surtout visible lors de l’expédition russe pour aller planter un drapeau tricolore en titane sur le fonds de l’océan arctique.

Ces efforts patriotiques ont de quoi inquiéter. D’un point de vue national, il est évident que de tels efforts servent à maintenir l’unité d’un pays aux dimensions considérables, fragmenter par des populations aux ambitions indépendentistes, et bordé par d’anciens alliés devenus adversaires. Néanmoins, au niveau international, la Russie semble vouloir réveiller ses grandes ambitions. Dès lors, l’ensemble de ces efforts narratifs doit être vu comme un instrument pour assurer à la Russie le moyen de ses ambitions via la création d’un patriotisme à toutes épreuves.

Négocier avec les Talibans?

Selon The Guardian, l’Arabie Saoudite parraine des négociations entre les Talibans et le gouvernement afghan pour terminer le conflit en Afghanistan. Un ancien membre des Talibans voyage entre Kaboul, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, et le Royaume Uni pour négocier une paix entre les Talibans et le gouvernement de Karzai (et la communauté internationale qui le soutient). Selon le reportage, Londres soutient l’effort et provisionne les ressources logistiques pour faciliter l’effort. Des négociations seront nécessaires en Afghanistan pour arriver à une solution politique au conflit, mais une telle tactique ne peut pas réussir sans l’accord de Washington, ce qui est improbable à court terme.

      La violence monte en Afghanistan, et selon The Times of London, la population afghane a très peu de confiance dans leur gouvernement et redoute que les Talibans ne reviennent. Une combinaison d’une politique d’intimidation et des attentats tactiques par les Talibans ; des dommages collatéraux par l’OTAN et l’armée américaine ; et la corruption et l’incompétence du gouvernement afghan ont contribué à une dégradation de la sécurité et de la confiance en Afghanistan.

      De plus, les militaires des pays européens de l’OTAN (et l’armée canadienne), sont fatigués par une guerre qui dure depuis sept ans et qui consomme interminablement davantage de ressources et de jeunes soldats. Les américains vont bientôt envoyer plus de soldats en Afghanistan, mais la coalition risque de se fracturer par une guerre sans fin. La semaine dernière, l’ancien General Barry McCaffrey a déclaré devant The Atlantic Council que l’Occident doit rester 25 ans en Afghanistan pour atteindre ses objectifs. Cependant, les Canadiens vont partir en 2010 et les néerlandais vont quitter l’Afghanistan en 2011. Pour les Européens, le Royaume Uni inclus, l’heure est venue pour des négociations pour séparer les groupes du Taliban Tet arriver à une solution politique au conflit.

      Comment vont réagir les Etats Unis ? Il y a deux acteurs qui vont peser très lourd dans la résolution de cette question. D’abord, le General Petraeus vient d’assumer le commandement de CENTCOM, et il est chargé de reproduire ses succès irakiens en Afghanistan. Washington attend beaucoup du Général Petraeus. Mais il va trouver que la nature de la guerre en Irak contraste avec la situation en Afghanistan. Personnellement, je crois qu’il va devenir très frustré par les règles d’engagement limité de certains alliés européens et va changer la structure de commandement en Afghanistan pour permettre un combat plus agressif contre les Talibans et al Qaeda en particulier. Des négociations sous son commandement sont envisageables, mais seulement après des opérations militaires engagées sous l’Operation Enduring Freedom pour affaiblir les Talibans et améliorer l’environnement stratégique en Afghanistan.

      Deuxièmement, le nouveau Président américain pourrait rejeter des négociations. A ma connaissance, les deux candidats pour la Maison Blanche n’ont pas encore mentionné le concept de négociations avec les Talibans, une idée qui gagnerait (de mon estimation) peu de soutien public aux Etats-Unis.

      Si les alliés de Washington cherchent une sortie à la guerre afghane par des négociations, le nouveau Président américain pourrait se trouver isolé au sommet de l’OTAN à Strasbourg en Avril. Le Royaume Uni va être très important dans le débat au sein de l’Alliance. Les élites américaines ont une très haute estime des opinions anglaises, de leurs capacités militaires et de leur influence politique dans cette région. Tandis que Tony Blair a échoué à éviter une crise Euro-Atlantique sur la question de la guerre en Irak, Londres (et Gordon Brown) pourrait exercer son influence et sa crédibilité à Washington pour chercher un compromis et avertir une nouvelle division entre les Etats-Unis et ses alliés, indispensables pour le futur de l’Afghanistan.  

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